2. La lutte contre la scolastique
Dès 1519, Vives attaquait les scolastiques décadents, faux dialecticiens, dont les prétentieuses logomachies stérilisaient les études et empêchaient le progrès. Au lieu de faire de la dialectique une fin en soi, il faut, à l'inverse, la considérer comme un simple moyen pour arriver à la vérité, dans les divers ordres du savoir. La terminologie doit éviter le pédantisme et l'obscurité ; si l'on emploie le latin, on le restituera scrupuleusement à sa pureté classique ; on devra aussi faire appel aux langues nationales. Par-dessus tout, il est nécessaire de proscrire toute tyrannie magistrale, tout dogmatisme orgueilleux et vain, afin de pratiquer, au contraire, l'humilité intellectuelle devant les faits (et non pas devant les grands auteurs, fussent-ils de tout premier plan). Dans cette perspective, on doit censurer énergiquement le culte d'Aristote (penseur remarquable, sans doute, mais nullement infaillible et, d'ailleurs, déformé par ses prétendus disciples) : ses Catégories, ses Analytiques, ses Topiques et ses Réfutations sophistiques souffrent de maintes déficiences. Il faudra aussi se garder de porter des anathèmes à l'égard de qui pense différemment. La manie des disputationes, où les contradicteurs font assaut d'éloquence et de combativité, est d'autre part fort dangereuse, de même que le recours à des ouvrages de seconde main, à des résumés ou à des manuels. L'appétit de lucre constitue l'écueil le plus déplorable : les professeurs font argent de tout et vendent leurs convictions successives. Vives a proposé, en contrepoint, un portrait du parfait humaniste, qui remet toujours en question son savoir et se dévoue au bien public. Commentateur de la Bible, de Philelphe, d'Isocrate, de Cicéron surtout, de Quintilien, d'Hygin, de Lucain, de Virgile, de Suétone et de saint Augustin, le philosophe hispano-flamand a su mettre toute sa culture profane et sacrée au service du vrai et du bien.
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