Né à Barcelone d'une famille bourgeoise prospère et éclairée, Juan Goytisolo appartient à une génération que l'on a souvent qualifiée d'innocente. Ces « enfants de la guerre » ont parfois subi les conséquences d'un combat fratricide mais ont également pu le vivre d'une manière ludique, dont on retrouvera les échos dans Deuil au paradis. Au cours des années quarante, l'enfance et l'adolescence des membres de cette génération correspondent à la phase la plus répressive d'un franquisme résolument autarcique. Une censure radicale, l'endoctrinement moral, politique, pédagogique, provoqueront presque toujours chez ces créateurs la contestation sociale et culturelle.
Les années 1950 voient les débuts littéraires de Juan Goytisolo au sein d'un groupe d'écrivains et d'intellectuels de sa génération. Ses deux premiers romans, Jeux de mains (Juegos de manos, 1954) et Deuil au paradis (Duelo en el paraíso, 1955), sont accueillis avec enthousiasme : sensible à l'imagination, à certains procédés proches du réalisme magique, la critique officielle semble ignorer les germes d'une remise en cause de la société franquiste qui s'épanouira […]
