Le culte que ses admirateurs lui ont voué a longtemps desservi Eichendorff auprès des critiques spécialisés. Pendant près d'un siècle, on n'a le plus souvent vu en lui que le chantre de la forêt allemande – un de plus –, celui de la nostalgie commune à tant de romantiques, de la Wanderlust, la joie des longues randonnées pédestres, et celui d'un catholicisme strictement orthodoxe quant au fond et quelque peu naïf pour ce qui est de l'expression. En réponse à ceux qui appréciaient ses poèmes et ses nouvelles, mais qui s'exprimaient, il faut bien le dire, plus souvent en exclamations laudatives qu'en termes d'analyse littéraire, on allait répétant la phrase méchante selon laquelle il n'aurait rien inventé et que son œuvre entière, thèmes, métaphores et prosodie, se trouvait déjà chez Tieck. Aimable épigone, romantique attardé, dernier chevalier du romantisme : au premier abord, Eichendorff paraît bien mériter toutes ces appellations, et c'est seulement vers le milieu du xxe siècle que fut découvert et mis en évidence l'apport original – et qui n'est pas négligeable – d'Eichendorff à l'ensemble du mouvement romantique.
