Le cas de Vien est l'un de ceux qui illustrent le mieux les ambiguïtés du mouvement que l'on appelle néo-classique. Vien appartient presque à la même génération que Carle van Loo, Boucher et Natoire ; sa longévité lui permettra d'être, en 1789, à la mort de Pierre, le dernier titulaire du poste de premier peintre du roi, et, avant d'être honoré par Napoléon qui le fera sénateur et comte d'Empire, de se poser, sous la Révolution, comme celui qui avait « restauré le vrai goût et la nature dans les arts », le prédécesseur et le maître de David.
Formé à Paris chez Natoire, Vien fit ensuite un long séjour à Rome, d'où il ne revint qu'en 1750. De l'enseignement de Natoire, il retient le sens du dessin élégant, de l'arabesque décorative ; à Rome, il semble s'être surtout appliqué à étudier Annibal Carrache et les Bolonais. L'Ermite endormi du Louvre (1750), par son jeu de diagonales et son souci d'un traitement véridique des accessoires — livres, paniers, sandales — n'annonce en rien un retour au goût antique, mais plutôt un renouveau du réalisme. Il suffira que ce réalisme prenne comme thèmes des objets de reconstitution archéologique pour que Vien fasse peu à peu figur […]
