2. De l'exil à la gloire
Mais en 1951, sur l'invitation du coscénariste de The Boy with Green Hair, Ben Barzman, Losey est appelé en Italie par les producteurs d'un film destiné à « relancer » la vedette vieillissante qu'est Paul Muni. En fait, Losey ne pourra apporter aucune modification au script et s'épuisera durant le tournage à lutter à la fois contre la vedette et contre les producteurs. C'est dans cette ambiance de crise que Losey, malade, apprend qu'il a été « mouchardé » par deux de ses amis auprès de la sinistre commission des Activités antiaméricaines comme membre d'un groupe d'études universitaires sur Marx, et peut-être (sic) comme ancien membre du Parti communiste américain. Il achève le tournage de son film en Italie (Encounter) avant de se soucier de rentrer aux États-Unis pour se justifier. Son retard est considéré comme un refus de comparaître, et il est mis d'office sur la liste noire. Boycotté en Italie, il s'installe en Grande-Bretagne dans des conditions rapidement précaires, réalisant quelques films sous des pseudonymes (c'est l'époque où la distribution anglaise retombe sous la coupe américaine) avant de travailler pour la télévision et aussi de fabriquer des bandes publicitaires, qu'il tiendra pour un exercice stimulant et tout compte fait honorable du point de vue esthétique.
En 1955, de jeunes producteurs lui offrent de faire un film qu'il pourra signer : Time without Pity, qui est encore aujourd'hui l'une de ses œuvres les plus importantes. Le succès de ce film, peu assuré à Londres, imposé à Paris par une véritable conjuration de la jeune critique pour qui Losey n'est pas un inconnu (1960), relance la carrière, désormais internationale, du cinéaste. À partir de The Servant (1963), il sera pratiquement maître unique de ses films.
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