Le nom de Josef Albers évoque à tout amateur les innombrables toiles, intitulées Hommage au carré, élaborées à partir de 1949 selon une identique matrice formelle : plusieurs carrés emboîtés symétriquement par rapport à un axe vertical. Ces œuvres apparaissent comme aboutissement logique d'une longue série d'expériences dont l'intérêt est bien plus que simplement rétrospectif. D'une certaine manière, on pourrait dire que le creuset de cette expérimentation fondamentale, qui anticipe et préfigure le minimalisme, est l'enseignement que l'artiste a donné tout au long de sa vie, en Allemagne dans les années 1920 puis aux États-Unis à partir des années 1930. Si le travail de peintre de Josef Albers est, en quelque sorte, didactique (ses toiles disent à toute la peinture comment la couleur fonctionne dans son histoire), dans ses cours, il n'y était pourtant question de peinture qu'indirectement (c'est-à-dire radicalement), lorsque les étudiants avaient pour tâche, par exemple, de penser la transformation d'une surface par l'inscription d'une ligne. Ce n'est pas par hasard que ses premières expériences pédagogiques dans le champ artistique ont eu lieu au célèbre « cours préliminaire » du Bauhaus à Weimar, où il avait d'abord été élève : il ne s'est jamais agi pour lui d'un enseignement de la peinture, mais d'un préalable à toute mise en jeu formelle, celle-ci étant conçue comme une retombée qui, en tant que telle, ne l'intéresse pas. Ses tableaux se tiennent sur un seuil qui, pour lui, demeure le lieu du peintre d'où il donne des réponses multiples aux problèmes exacts et générateurs qu'il pose, éliminant toute autre contingence.
1. La découverte de la couleur
Né en 1888 à Bottrop (Westphalie, Allemagne), en plein pays minier, Josef Albers est issu d'une famille d'artisans. Son père, peintre en bâtiment, est aussi à l'occasion, peintre en décors de théâtre et lui montrera quelques tours du métier. Déjà « sensibilisé à l'art », donc, son premier choc date cependant de 1908, lorsqu'il vis […]
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