Parmi les hommes célèbres de sa génération en Espagne – Gabriel Miró, Pérez de Ayala, Eduardo Marquina, Juan Ramón Jiménez, Eugenio d'Ors, Ramón Gómez de La Serna –, Ortega y Gasset est le seul qui ait fait profession et œuvre de philosophe. À la fois professeur, essayiste, journaliste et conférencier, auteur d'une œuvre considérable, Ortega fut considéré en son temps comme l'un des chefs de file de l'intelligentsia de son pays. Ce philosophe est l'inventeur d'un système de pensée original, le ratiovitalisme, profondément cohérent quoique disséminé dans une multitude d'écrits trouvant leur unité, du point de vue formel, dans un style élégant et brillant, semé de métaphores, qui cherche d'abord à séduire son lecteur pour mieux le convaincre et pour mieux l'instruire.
1. « La vie est perplexité »
José Ortega y Gasset naquit à Madrid. L'éducation d'une famille cultivée et libérale de la moyenne bourgeoisie, la pédagogie savante des Jésuites dont il fut l'élève au collège de Miraflores de Palo (Málaga) – et où il perdra la foi catholique –, l'enseignement de la faculté de Deusto (Bilbao) puis de la faculté de philosophie et lettres de Madrid, telles furent les premières influences qu'il reçut. En 1904, il est docteur, avec une thèse sur Los Terrores del año mil. Crítica de una leyenda. Mais l'essentiel de sa formation philosophique, Ortega le doit à l'Allemagne où, de 1905 à 1907, il poursuit ses études aux universités de Leipzig, de Berlin – où enseignait Georg Simmel – et de Marburg où il fut l'élève d'Hermann Cohen et de Paul Natorp. « Pendant dix ans, écrira-t-il plus tard, j'ai vécu dans la pensée kantienne ; je l'ai respirée comme une atmosphère, et elle a été à la fois ma demeure et ma prison. » Nommé en 1910 professeur de métaphysique à l'université de Madrid (où il succède au krausiste Salmerón), il y dispensa son enseignement jusqu'en 1936, donnant à sa chaire de philosophie un rayonnement éclatant auquel contribuent d'incessantes publications, des articles (depuis 1902), des livres (à par […]
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