2. Une passion argentine
« Vive la fédération ! » « Mort aux unitaires sauvages, traîtres, immondes et répugnants ! » C'est à ces cris que des caudillos comme Quiroga, Rosas, El Chacho Peñaloza rallient leurs troupes de gauchos et les exhortent à pourchasser et à égorger les bourgeois libéraux et xénophiles. Tandis que de leur exil chilien ou uruguayen Sarmiento, Alberdi et Mitre vitupèrent la barbarie sanguinaire de ces bandes d'anarchistes ruraux, les échos de cet affrontement impitoyable marquent profondément le jeune José Hernández. Il est né dans la Chacra de Pueyrredón, d'une vieille famille créole qui a donné quelques noms prestigieux à la colonie et à l'indépendance. À l'image du pays, cette famille est divisée – fédérale du côté paternel, unitaire du côté maternel – comme le sera souvent Hernández lui-même. Séparé de ses parents par les événements, Hernández est élevé par une tante et passe son enfance dans la pampa où il se familiarise avec la vie des gauchos.
En 1853, il s'engage comme soldat et participe à la bataille de Caseros qui marque la chute du dictateur Rosas. Dès lors, il ne connaît plus de répit. Commerçant, fonctionnaire, soldat, journaliste, il collabore activement à presque tous les complots et soulèvements contre le pouvoir centralisateur de Buenos Aires. Il doit s'exiler dans les provinces du Nord, au Brésil, en Uruguay. Directeur de journal, il attaque durement les gens en place, Mitre et Sarmiento. Ses démêlés avec ce dernier ne se comptent plus. En 1863, Hernández écrit une Vida del Chacho qui, autant qu'un panégyrique du caudillo gaucho, est une critique acerbe de Sarmiento. En 1872, à l'occasion d'une des nombreuses conspirations contre le pouvoir central, Sarmiento met à prix la tête d'Hernández.
Après la parution de El Gaucho Martín Fierro, Hernández s'engage dans la voie de la réconciliation. Il est toujours un opposant, mais son activité politique se normalise : il gravit les échelons de la hiérarchie maçonnique, il est élu député, puis sénateur. La Vuelta de Martín Fierro (1879) laisse apparaître déjà cet apaisement qui s'affirme dans sa dernière œuvre, Instrucción del estanciero (1881), traité didactique sur l'implantation et l'exploitation d'un élevage. Vers la fin de sa vie, Hernández vit le plus souvent dans la capitale et, à sa mort, à Belgrano, près de Buenos Aires, dans un soupir de sagesse ou de résignation, ses derniers mots seront : « Buenos Aires... Buenos Aires... »
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