Comme tous les écrivains de l'époque, la vie de José Hernández et son œuvre sont inséparables de l'histoire argentine du xixe siècle. Les écrits des auteurs argentins ne sont que les manifestations littéraires d'un combat politique quotidien auquel l'écrivain consacre souvent toutes ses énergies.
Vaincu par la disparition progressive du gaucho dont il s'était fait le passionné défenseur, Hernández assista à la montée croissante de son héros fictif : Martín Fierro. Ce personnage typiquement argentin n'est pas sans ressemblance avec le don Quichotte de Cervantès.
Écrite en deux parties de tonalité différente, son œuvre témoigne d'une réalité nationale en pleine mutation. Elle obtient immédiatement une audience populaire extraordinaire, et chacun des héros dépasse rapidement en notoriété son créateur pour atteindre une dimension universelle et mythique.
1. Civilisation ou barbarie ?
À la suite de la lutte d'indépendance, l'Argentine se trouve brusquement confrontée à elle-même. Elle s'engage dans une longue guerre civile, où interviennent des particularismes régionaux, des ambitions personnelles et des intérêts économiques peu avouables, avant d'atteindre un semblant d'unité nationale. Deux conceptions politiques s'affrontent : les unitaires, citadins cultivés et élégants, veulent que le pays se forme autour de Buenos Aires et sous sa direction ; les fédéraux, rudes paysans attachés à leurs chefs et aux traditions locales, préfèrent préserver l'originalité et l'autonomie des provinces intérieures. Un demi-siècle durant, toutes les forces vives du pays vont être polarisées par une lutte féroce entre ces deux conceptions.
Dans de telles circonstances, la littérature sera avant tout une arme de combat. Domingo Sarmiento, en écrivant son Facundo (1845), se fait le porte-parole de la civilisation métropolitaine et européenne contre la barbarie des gauchos provinciaux. Hernández écrit El Gaucho Martín Fierro (1872) contre le centralisme abusif et autoritaire de Buenos Aires, et pour […]
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