Le romancier José Donoso naît à Santiago du Chili en 1924. Sa famille appartient à la grande bourgeoisie. Lecteur passionné de Henry James, Virginia Woolf, et de la littérature anglo-saxonne en général, Donoso écrit d'abord des nouvelles. En 1958, il publie Le Couronnement, son premier roman, où s'exprime déjà la fascination de l'écrivain pour les lieux clos, où, sous la surface lisse et policée d'un savoir-vivre ancestral, bouillonnent les pulsions, les frustrations, les obsessions longtemps réprimées. Ici, une vieille aristocrate sombre dans la folie. Au cours d'une « fête » où personne ne vient, deux servantes « couronnent » leur maîtresse, en organisant une cérémonie férocement enjouée qui finira par la tuer, au terme d'un rituel macabre et endiablé.
Ce Dimanche-là (1966) est comme un paroxysme du premier roman, à cette différence près que Donoso abandonne la linéarité du récit, pour le concentrer sur une seule journée. Ce Lieu sans limites (1967), qui emprunte son titre au Faust de Marlowe, a pour décor un village du sud chilien. C'est là que vit « la Manuela », un travesti qui de temps à autre se déguise en gitane pour danser devant les clients indifférents du triste lupanar qu'il gère avec sa fille. Sous la simplicité du récit apparaît une vérité à la fois sordide et poétique : celle de l'enfer, de « ce lieu sans limites » où l'homme est condamné à errer. En 1977, le cinéaste mexicain Arturo Ripstein a porté ce livre à l'écran.
En 1967, Donoso quitte le Chili. Il n'y reviendra qu'en 1981, le coup d'État du général Pinochet ayant transformé en long exil ce qui ne devait être que provisoire éloignement. L'écrivain s'installe en Catalogne. Avec L'Obscène Oiseau de la nuit (1970), son roman le plus ambitieux, Donoso tisse la chronique cauchemardesque des affres de la création et de la volontaire absence au monde. À nouveau, le réel disparaît très vite derrière une profusion de parodies scatologiques, de défilés grotesques, de cérémonies sabbatiques et de retours honteux mais ardemment souh […]
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