Vivant aux confins d'un monde qu'il voulait néanmoins connaître et juger, Cadalso Vázquez de Andrade passa son existence déracinée à la recherche de la réalité stable. Sans cesse il reprit la quête de son identité personnelle, sans cesse il interrogea la société espagnole de son temps, tourmenté par la contradiction d'une carrière militaire et d'une vocation intellectuelle, d'une grande sensibilité naturelle et d'une formation rationaliste, interdit par la censure, refusé par son milieu, curieux et désenchanté.
Ainsi se présentent les Cartas marruecas(Lettres marocaines, 1774), l'œuvre qui valut à Cadalso une réputation de penseur et d'écrivain que ni Los Eruditos a la violeta(Érudits à l'eau de rose, 1772) ni Noches lúgubres(Nuits lugubres,1792) n'auraient pu lui donner. « Ces lettres, assure-t-il, traitent du caractère national, tel qu'il est aujourd'hui, et tel qu'il a été. » Par ces quelques mots d'introduction, Cadalso soulignait plusieurs aspects inattendus et modernes de son œuvre : après avoir reçu des jésuites une éducation conf […]
