Héros national et père de l'indépendance de l'Uruguay, José Artigas dut lutter contre les forces conjuguées de l'Espagne et du Portugal, contre la jeune Argentine et contre le futur Brésil qui, sur leur lancée conquérante, se disputaient le territoire de son pays. Héros combattant, Artigas commence sa carrière comme une sorte de Robin Hood gaucho, puis sert dans la cavalerie espagnole. Lors de la guerre d'indépendance contre l'Espagne, il ne tarde pas à comprendre que la politique de Buenos Aires, celle de l'Argentine en gestation, ne tient pas compte des intérêts de sa province. Fort de l'appui populaire, il travaille pour ceux qui ne s'appellent encore que les Orientaux et qui donneront plus tard à leur pays le nom du fleuve Uruguay. Dix années durant, Artigas mène un combat sans trêve contre les Espagnols, puis contre les Argentins. Victorieux, il l'est jusque dans la défaite, quand, obligé de combattre sur deux fronts, il recule invaincu devant les troupes luso-brésiliennes, suivi par son peuple dans un nouvel exode. L'expérience de la guerre accentue ses tendances radicales et populistes et son hostilité aux grands propriétaires terriens. Pris entre deux feux, abandonné par des lieutenants jaloux, il est battu en 1820 par les armées portugaises et ne reprend pas la lutte, car le dictateur du Paraguay, Francia, qui lui avait accordé l'asile, l'oblige à passer le reste de sa longue vie en résidence surveillée. Artigas laisse un programme national et le noyau irréductible d'un mouvement qui a conduit à l'indépendance entre 1828 et 1830. Par contre, son programme social de réforme agraire disparut avec lui.
Jean MEYER
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