2. Du « Drageoir aux épices » à « La Cathédrale »
Peu d'œuvres littéraires sont aussi étroitement liées aux expériences intimes de leur auteur que celles de Huysmans. Dépourvu de l'imagination suffisante pour renouveler la fiction, il s'oriente vers un mélange d'essai, de chronique et de narration. « Personnellement j'en ai assez et quitte le genre épuisé par les redites », écrit-il, pressentant la crise du roman, menacé par la disparition d'un sens de l'histoire à n'être qu'une anthologie de morceaux descriptifs. C'est bien en effet par la nature morte, le paysage ou la saynète que se manifeste d'abord, dans Le Drageoir aux épices (1874), une sensibilité qui, toujours portée vers la peinture, ouvre à l'impressionnisme naissant les colonnes élogieuses de ses salons, se réservant de laisser couler sa bile sur un académisme platement bourgeois, « triomphe du poncif habile ». La « bande à Zola », en qui le brave bourgeois voyait des pourceaux, même pas dignes d'Épicure, enrôle ce désenchanté qui, sous couvert d'un naturalisme revendiquant le droit de tout dévoiler – « pustules vertes ou chairs roses » –, vomit son fiel sur la modernité, l'américanisme d'une époque qui n'offre que du frelaté, tant en amour où de sordides vendeuses de plaisir vous laissent d'impérissables et « inguérissables » souvenirs, qu'en jouissance de la table où des ersatz faisandés vous empoisonnent sûrement.
La liaison (Marthe, histoire d'une fille, 1876), la vie conjugale (En ménage, 1881), le célibat (À vau-l'eau, 1882) sont englués dans la même médiocrité terne et irritante pour cet écorché sensibilisé à l'extrême aux petites misères de l'existence, qui aspire au confort domestique et bourgeois tout en en dénonçant la monotone vulgarité. La joyeuse bohème des artistes est bien morte, et Marthe n'est que la sordide histoire d'un collage avec une fille, lamentable fantôme de Mimi Pinson !
« La vie de l'homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui », aussi Folantin, disciple masochiste e […]
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