3. La saveur de l'humour
La critique a voulu distinguer deux phases de la fiction amadienne : avant et après Gabriela, girofle et cannelle (Gabriela, cravo e canela, 1958), opposant ainsi le réalisme social et poétique du début à la kermesse bahianaise d'une seconde période. À vrai dire, l'unité prédomine dans l'œuvre, même si la préoccupation politique et le drame marquent les premiers romans, tandis que l'humour et la satire sociale colorent les ouvrages plus récents.
De fait, Gabriela incarne la joie de vivre, l'état d'innocence, la sensualité d'une mulâtresse qui a le parfum de l'œillet et le teint de la cannelle. Parce qu'elle est faite pour la liberté, elle ne sera pas la chose de Nacib, l'homme qui l'a recueillie et l'a prise pour femme. Dans ce roman, Amado n'abandonne pas pour autant l'argumentation politique : au contraire, il annonce le « crépuscule » des grands propriétaires terriens.
La capacité de création d'images de ce conteur d'histoires va s'amplifier avec le désir de dégager les aspects plaisants et insolites du réel. Os Velhos Marinheiros (1961) accentue ce parti pris. Dans le premier récit « Les Deux Morts de Quinquin-la-Flotte », Quincas, un fonctionnaire banal et père de famille conventionnel de la petite bourgeoisie, a choisi la vie de bohème. Il est comme mort pour les siens. Lorsqu'il vient à mourir pour de bon, la famille essaye en vain de récupérer son cadavre, veillé par ses nouveaux compagnons qui l'entraînent dans des aventures fascinantes. La critique sociale s'est métamorphosée en satire malicieuse et picaresque. Le registre épique impliquait une vision tranchée des personnages bons et méchants, mais ce manichéisme est ici dépassé par la « carnavalisation » de la société. Cette distance parodique et fantaisiste se retrouve dans le second récit du Vieux Marin, « Toute la vérité sur les fameuses aventures du commandant Vasco Moscoso de Aragão, capitaine au long cours ».
La magie de la vie quotidienne des Noirs et des Métis oriente le roman Les Pâtres de la […]
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