2. Le roman engagé
Roman encore immature, País do carnaval (1931) exprime les angoisses d'une génération qui s'est reconnue dans le jeune Paulo Rigger. Cet intellectuel d'éducation européenne renonce à transformer la réalité brésilienne après avoir dénoncé le carnaval comme une forme de fuite face à une situation sociale souvent insoutenable. Les deux œuvres suivantes, Cacao (Cacau, 1933) et Suor (1934), qui ont pour protagonistes des petites gens exploités de l'État de Bahia, laissent prévoir quelles seront les deux faces de la fiction amadienne : le roman rural et le roman urbain. La vision manichéenne qui caractérise les personnages de ces « documents », dans lesquels les militants généreux préparent la révolution prolétarienne, est compensée par le débordement de vitalité, la générosité des personnages, et par la saveur d'une langue nourrie d'oralité. La poésie habite ces romans chargés d'humanité.
Avec Bahia de tous les saints (Jubiabá, 1935), « journal d'un Noir en fuite », Amado met en valeur la présence africaine au cœur de la ville de Salvador. Le petit orphelin, Antônio Balduíno, qui « errait librement sur le morne, ignorant encore la haine et l'amour, pur comme un animal, n'ayant d'autre foi que ses instincts », est fasciné par le sorcier Jubiabá. Un jour, il comprendra que ce dépositaire était le dernier gardien de la liberté du peuple. Comment « retrouver le chemin de la maison » ? Telle est la quête lancinante de ce mauvais garçon très populaire qui découvre la solidarité du combat politique.
Amado oscille alors entre la valorisation de la matière sociale avec Capitaines de sable (Capitães da areia, 1937), qui évoque le drame des enfants marginaux, et la manière poétique qui s'exprime avec le plus de lyrisme à propos des pêcheurs dans Mar morto (1937). Ces deux tendances s'allieront avec efficacité dans Terre violente (Terras do sem fim, 1942) qui complète le cycle inauguré par Cacau. Écrivant un véritable « roman historique », Amado a su donner au récit de la conquê […]
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