Peintre d'Allemagne du Sud, l'une des plus curieuses figures de cette période de l'art allemand si riche en personnalités originales et fortes. Les documents montrent Jörg Ratgeb bourgeois de la ville de Stuttgart en 1508. De 1509 à 1512, il réside à Heilbronn et ne parvient pas à y obtenir le droit de bourgeoisie, le duc de Württemberg se refusant à affranchir sa femme du servage. De 1510 date un Retable de sainte Barbe (église de Schwaigern près de Heilbronn). On suppose que Ratgeb a voyagé en Italie vers 1512-1513 (les motifs italiens foisonnent dans son œuvre après cette date) ; de 1514 à 1517, il travaille pour le couvent des Carmes de Francfort, où il peint d'immenses fresques (très détériorées) dans le cloître et le réfectoire des moines. En 1518-1519, il exécute un grand retable de la Passion pour le maître-autel de la collégiale d'Herrenberg en Souabe (Staatsgalerie, Stuttgart). On le retrouve bourgeois de Francfort en 1520. En 1525, il prend part au soulèvement des paysans souabes, qui sont écrasés à la bataille de Böblingen le 12 mai, et il est fait prisonnier. Ratgeb est écartelé à Pforzheim l'année suivante. Doit-on voir un reflet de son caractère dans l'étrangeté de son style ? Indifférent à l'anatomie, au rendu de l'espace, à la vraisemblance même de l'image, beaucoup plus arbitraire chez lui que chez aucun autre peintre du xve siècle, Ratgeb s'attache avant tout à faire ressortir le côté tourmenté, pénible ou horrible des scènes qu'il décrit. À cela s'ajoute un goût pour les éléments du décor dont il enrichit ses compositions, allant parfois jusqu'à donner un cadre fantastique aux événements représentés, comme dans la Flagellation du Retable d'Herrenberg.
Pierre VAISSE
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