3. Émancipation
Enfanté par le jaillissement passionné et les pulsions dramatiques du jeu d'Art Blakey, Elvin Jones pousse au paroxysme ses couleurs africaines et sa sauvagerie. Grâce à une indépendance complète des quatre membres, il parvient à superposer plusieurs trames rythmiques différentes. Avec une puissance de feu explosive, il déchaîne un tourbillon sonore inouï. Se bousculent alors, dans un désordre qui n'est qu'apparent, une prolifération de battements en furie, d'imprévisibles ponctuations qui giflent en cascade les toms et les cymbales, des flux incandescents zébrés de coups de foudre et de grondements de tonnerre. Sous cette véhémence se cache une organisation inédite, certes, mais d'une inflexible rigueur. En abandonnant le battement régulier comme unité rythmique, Elvin Jones instaure le règne de la séquence musicale qui n'est plus découpée par les barres de mesure. Avec lui, l'accompagnement se mue en un véritable solo. S'imposant comme l'architecte de l'ensemble, le batteur impose à ses partenaires une nouvelle et exigeante collaboration qui exclut toute faiblesse de leur part. John Coltrane – et, bien au-delà de lui, tout le jazz moderne – attendait cet ouragan.
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