5. Folles amours contrariées
L'intense activité politique, sa vocation de polémiste, la vie sociale agitée qu'il menait à Londres en réceptions, réunions, discussions, le temps consacré à ses nombreux amis sur le plan littéraire ou social n'empêchaient pas Swift de vivre ardemment une vie sentimentale agitée. Trois femmes, avons-nous dit, furent l'objet de ses attentions.
Varina, la première, refusa de l'épouser. Frêle orpheline souffreteuse mais déterminée, elle préférait rester sur la réserve tant que son prétendant n'aurait pas de meilleure situation. C'était l'époque de Kilroot. Swift écrivit une lettre ultimatum, puis fit voile vers Moor Park. Qui saura jamais la sincérité et la profondeur des sentiments du pasteur amoureux ? Lorsque Varina, quatre ans plus tard (1700), se déclara prête au mariage, les conditions posées par Swift étaient si dures que seule une rupture était possible.
Elle pouvait se demander si elle avait une rivale. C'était exact. Esther Johnson, de quatorze ans plus jeune que lui, et qu'il avait connue à Moor Park, tenait dans son cœur une place de choix. À son deuxième séjour à Moor Park (1696), la fillette avait grandi : elle était sa gracieuse petite élève, chaperonnée par Rebecca Dingley qui ne la quittait pas, et déjà un étrange attachement s'était enraciné chez lui jusqu'à lui faire souhaiter que Rebecca et Stella vinssent s'installer en Irlande à la mort de sir William. Ce qu'elles firent en 1701, et dès lors ils ne se quittèrent plus. Lorsque Swift partit pour Londres en 1710, ils s'écrivirent. En septembre 1710, Swift écrivit la première lettre du Journal to Stella. Il en écrira pendant de nombreux mois, toujours affectueux, ardent, anecdotique, usant d'un langage énigmatique convenu (abréviations, initiales, mots familiers), fripon, ironique, tendre, intime, comme on parle à des gamines ou à des femmes chèrement aimées – car il est singulier que Swift s'adresse autant à Hetty-Stella qu'à Bec-Rebecca. Chef-d'œuvre épistolaire de l'amitié a […]
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