Plus qu'un chanteur, le ténor canadien Jon Vickers a été un tragédien lyrique d'une puissance d'interprétation hors du commun. Jonathan Stewart Vickers naît à Prince Albert, dans la province de la Saskatchewan, le 29 octobre 1926. Après avoir pratiqué le chant en amateur, il entame tardivement des études musicales et fait ses débuts en 1954 sur les scènes canadiennes. En 1958, son interprétation d'Énée dans Les Troyens de Berlioz, au Covent Garden de Londres, le révèle au monde entier. Désormais, il incarne les plus grands rôles de ténor dramatique ou héroïque : les wagnériens Siegmund (La Walkyrie) puis Parsifal au festival de Bayreuth, les verdiens Don Carlo et Radamès (Aïda), Florestan (Fidelio de Beethoven) ou Samson (Samson et Dalila de Saint-Saëns). Assez vite, sa voix, d'un timbre très particulier, perd de son étendue et de son homogénéité. Mais, appauvrie, comme érodée, elle amplifie la force émotive que Vickers déploie dans l'incarnation de ses personnages. Privilégiant les rôles d'écorchés ou de victimes conduites à la mort ou à la folie vers lesquels le portent ses interrogations spirituelles, il s'y projette avec un engagement total. De Tristan, d'Otello ou de Peter Grimes, il fait entendre les moments d'accablement ou de révolte et en restitue l'implacable décomposition, avec une intensité dramatique qui fait date.
Philippe DULAC
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