4. Option libérale et tendance socialiste
On a souvent relevé l'orientation socialiste de la pensée de Mill. On doit souligner cependant l'originalité de ce socialisme (si socialisme il y a) qui se définit par la maîtrise de l'homme sur lui-même. Sans doute Mill ne condamne-t-il pas systématiquement l'intervention des gouvernants et, sur la fin de sa vie, dans les dernières éditions de ses Principles of Political Economy, l'envisage-t-il même avec faveur, afin de restreindre le droit de propriété.
Mais plus que la question de savoir ce que les gouvernements doivent ou ne doivent pas faire, ce qui intéresse Mill, c'est le motif au nom duquel ils le font. Or, à cet égard, il pose un principe dont la valeur n'a cessé de s'imposer à sa pensée : « Le seul objet qui autorise les hommes individuellement ou collectivement à troubler la liberté d'action d'aucun de leurs semblables, est la protection de soi-même. La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de force contre un de ses membres est de l'empêcher de nuire aux autres. Elle n'en a pas une raison suffisante dans le bien de cet individu, soit physique, soit moral » (La Liberté).
Ce respect de la spontanéité individuelle ne s'accompagne d'aucune arrière-pensée égoïste. Ce n'est pas au nom d'une quelconque sécurité bourgeoise qu'il s'impose. C'est parce qu'il est une condition du bonheur non seulement individuel mais collectif : ce n'est pas l'uniformité des pensées, des actes, des sentiments, qui crée le bonheur, c'est la diversité entre les hommes. La variété des opinions et des mœurs féconde la nature. Il n'est pas besoin de relever ce qu'a de spécifiquement anglais cette apologie de l'originalité.
Il insiste toujours sur la nécessité de la liberté dans tous les domaines, car « l'unique source infaillible et permanente du progrès est la liberté ». Libertés économique et politique vont de pair, l'une ne pouvant exister sans l'autre. La concurrence, expression de la liberté, est à la fois facteur d'avancement de la société et moyen de […]
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