3. L'action sociale de Ruskin
L'étude des mérites de l'architecture gothique conduisit Ruskin à méditer sur les vertus des hommes qui l'avaient créée, à passer de la critique d'art à la critique sociale. Sa conception de l'art, dépositaire de la vérité naturelle, indissociable des valeurs morales, le persuade que le travailleur trouve son épanouissement dans l'exécution d'une œuvre satisfaisante et utile. Il consacra l'essentiel des quarante dernières années de sa vie à développer ses théories sur la société industrielle.
Ruskin écrivit deux séries de lettres aux ouvriers, Time and Tide (Londres, 1888) et Fors Clavigera (Londres, 1871-1887). Il fonda, en 1871, la Company of Saint George, sorte de coopérative qu'il dota d'un capital de dix mille livres, et qui mit en œuvre ses doctrines économiques. Il se fit l'avocat d'un système d'éducation gratuite pour les enfants et les adultes, demanda des retraites pour les vieillards, des logements plus confortables, des espaces verts autour des villes, et mit sa fortune au service de ces fins. La justice sociale exige des conditions qui permettent à tous de partager avec l'artiste les joies de la création. L'art apparaît ainsi dans la pensée de Ruskin comme le principe de la vie spirituelle. Pour lui, les forces du progrès matériel, associées à la laideur industrielle et à l'égoïsme économique, s'opposent à l'ordre voulu par la nature.
Sa campagne contre l'utilitarisme des économistes et les maux de la civilisation industrielle, et en faveur du retour à un travail illuminé par cette foi et cette joie créatrice qui, pensait-il, étaient celles des artistes du Moyen Âge, trouva son expression dans une série de conférences et d'articles. Certains de ces essais, considérés comme révolutionnaires, éveillèrent une telle opposition que William Thackeray, rédacteur en chef du Cornhill, dut en arrêter la publication. Ils furent recueillis dans Unto This Last. L'expression la plus complète des vues de Ruskin sur la société future est contenue dans les vingt-c […]
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