2. Humaniste et libéral
Milton a le privilège d'entreprendre son « grand tour » en 1638, muni de lettres de recommandation auprès des gens de cour et surtout des gens de lettres. Il traverse la France et visite les cités italiennes, en passant par Florence, Bologne, Venise. Il franchit sans doute la forêt de Vallombrosa qu'il évoquera dans Le Paradis perdu, souvenir lumineux du poète alors devenu aveugle. Il allait partir pour la Grèce quand la guerre civile l'incita à rentrer à Londres, « préférant la reine Vérité au roi Charles ». Avait-il déjà le dessein d'écrire une épopée chrétienne ? Divers projets le laissent penser ; Voltaire (Essai sur la poésie épique) rapporte que Milton aurait vu à Milan une comédie intitulée Adam ou le Péché originel dont il aurait décidé de faire une tragédie.
La tragédie politique se jouait alors entre « cavaliers » et « têtes rondes » ; gagné par la fièvre de controverse sur les problèmes du gouvernement de l'Église, l'histoire d'Angleterre et la doctrine chrétienne, Milton allait y participer en écrivant, entre 1641 et 1660, vingt-neuf livres ou pamphlets. Plusieurs furent d'abord écrits en latin. Dès son retour en Angleterre, les presbytériens écossais avaient pris les armes contre les évêques anglicans qui soutenaient le roi de droit divin Charles Ier. Milton rédigea alors cinq traités : La Raison du gouvernement de l'Église (Reason of Church-Government Urged against Prelaty, 1641) est le plus célèbre. Puis, les presbytériens eux-mêmes s'avisant d'instituer la censure politique, il publie Areopagitica (1644) : « Autant supprimer un homme que de supprimer un livre » ; l'argument portera, la censure ne fut pas appliquée en Angleterre ; Mirabeau devait traduire l'ouvrage. La même année, Milton écrit De l'éducation (Of Education), inspiré en partie par les idées du Tchèque Comenius, son contemporain. Deux années plus tôt, le poète avait épousé Mary Powell, de parents royalistes qui avaient vu en lui un beau parti ; c'était de sa part s'exposer, aur […]
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