L'image que le public a le plus volontiers retenue du poète puritain Milton est liée soit à la pensée révolutionnaire qui voulut saluer en lui un régicide, soit au romantisme qui reconnut en Satan le véritable héros du Paradis perdu.Mais le rayonnement que Milton a pu connaître en France, de Vigny à Hugo, ne rend pleinement justice ni à son œuvre ni à sa personne. L'optique du siècle des Lumières, l'engouement romantique relèvent d'une tradition intellectuelle éloignée du courant judéo-chrétien qui anime le xviie siècle anglais. Le poète échappe ainsi aux cadres de réflexion d'une époque qui avait renoncé, en tout ou en grande partie, à l'humanisme biblique et médiéval. Or, depuis 1945 environ, un renouveau d'intérêt pour les études miltoniennes s'est fait jour dans les pays anglo-saxons. « Les mythes de la Genèse, fait remarquer Helen Gardner, écartés comme histoire, sont revenus chargés de symbolisme pour décrire la condition humaine et la réponse venue de Dieu. » Le lecteur du xxe siècle à qui les secousses de l'histoire ont appris la vanité de bien des rêves utopiques, retrouve, sous l'archaïsme de la cosmogonie miltonienne, […]
