4. Dryden ou la conciliation
Au lendemain de sa mort, son ami, le dramaturge William Congreve (1670-1729), déclarait qu'il avait été « d'une nature très bienveillante, capable de se réconcilier avec ses adversaires et ceux qui l'avaient offensé, attentif à corriger les erreurs chez les autres, sans pédantisme ». La pensée de Dryden, à la fois pénétrante et souple, est celle d'un néo-classique soucieux de concilier les exigences d'un style noble et nouveau avec l'aisance et l'ardeur de la littérature élisabéthaine. L'effort de Dryden pour retrouver l'éclat de la langue de Shakespeare, en l'adaptant au ton de son époque, fut sans doute sans lendemain : Tout pour l'amour (All for Love, 1678) ne fera pas oublier son modèle, Antoine et Cléopâtre (env. 1606). Mais il reste qu'en Dryden le poète et le critique ont su trouver le ton qui convenait à une époque désormais plus ouverte à l'Europe, après les excès de la guerre civile, et plus policée, sinon plus rigoureuse, en matière de morale. Les exigences du goût classique français n'y trouvèrent pas toutes leur place, bien que Corneille et Boileau y fussent reconnus. L'auteur de L'Art poétique sut être plus libre et plus audacieux que son émule anglais. L'esthétique de celui-ci est partagée entre plusieurs courants qui l'entraînent à admirer aussi bien l'épopée en Milton, l'héroïque en Corneille, et la satire, comme les événements politiques de son temps l'y inclinaient par-dessus tout.
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