Dryden offre l'exemple d'une carrière littéraire et politique tout entière consacrée au métier d'écrivain. Sans pouvoir se flatter de posséder un titre de noblesse, mais neveu d'un « baronet », il voulut et sut se concilier la faveur des grands d'Angleterre et de Charles II qui, en 1668, lui décerna le titre de poète lauréat. Quel fut le sens de l'engagement de Dryden dans la cité, sous le régime de Cromwell, puis sous la Restauration et dans le conflit entre whigs et tories jusqu'à la révolution de 1688, qui vit l'instauration d'une monarchie soumise aux prérogatives d'un parlement whig ? La réponse à cette question centrale justifie l'intérêt que l'on porte à son œuvre de poète et de critique et à l'évolution d'un tempérament et d'un esprit expert en tous les genres. Il est, comme l'a reconnu au xviiie siècle le docteur Johnson, le « père de la critique anglaise moderne ».
Au siècle de Hobbes, doctrinaire de l'absolutisme et de la raison d'État, Dryden se distingua surtout par sa prudence mondaine, s'opposant ainsi à Milton (1608-1674), son aîné, qu'il admirait, et, sans être aussi rigoureux que […]
