L'abandon des valeurs traditionnelles américaines par une société avide de réussite et d'argent préside, dans les années vingt, à l'avènement des écrivains de la « génération perdue ». Comme eux, John Dos Passos s'interroge sur le destin de l'Amérique et du monde. Comme eux, il est l'homme d'une époque, celle de la Première Guerre mondiale, celle de l'illusoire prospérité dont les plus solides bastions s'écroulent dans le krach de Wall Street, avant que le New Deal n'apparaisse avec Franklin Roosevelt et que la guerre d'Espagne ne vienne – après la révolution d'Octobre – secouer à nouveau la lointaine Amérique. Mais si, tel un autre voyageur, Hemingway, Dos Passos s'intéresse au Vieux Monde en curieux professionnel, le thème essentiel de son œuvre – et notamment la trilogie U.S.A. – reste ancré dans trente ans de vie américaine – de la naissance du xxe siècle à la veille du Mardi noir du 29 octobre 1929. C'est l'histoire collective et individuelle de ce qu'il nomme « les deux Amériques » – celle de l'oppression du grand capital qui conduit Sacco et Vanzetti à la chaise électrique en 1927, et celle des immigrants et de la classe ouvrière opprimée à laquelle il s'identifie pour un temps.
Pour dénoncer l'aliénation de l'homme américain, Dos Passos fait preuve d'une originalité et d'une invention littéraire dont U.S.A. marque l'accomplissement. Dès la Seconde Guerre mondiale, cependant, un changement s'amorce dans les thèmes comme dans l'écriture, et le romancier abandonne la défense de l'under-dog, exploité et annihilé, pour se consacrer à un portrait de l'Amérique conforme à l'idéologie dominante. Il ne retrouve plus l'élan souvent lyrique ni le plaidoyer passionné de naguère. Pourtant, ni le désaveu de l'auteur, ni les réticences possibles du lecteur n'empêcheront U.S.A. comme La Condition humaine de Malraux, de rester à la fois un témoignage écrasant et un monument de la littérature.
1. Points et contrepoints
Lié à l'esprit d'aventure et aux tendances anarchisantes de certains imm […]
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