3. Observation et émotion
Si l'on cherche à mieux cerner la personnalité artistique de Constable, on doit se reporter à ses lettres à Fisher et à ses conférences sur la peinture. Il pose en principe premier, pour le paysagiste, la familiarité avec la vie rurale et avec les phénomènes naturels tels que vents et nuages. Il critique les « maniéristes » qui se contentent d'imiter le style de tel ou tel maître. Il se montre plein de sarcasmes pour les tenants du pittoresque, car ils jugent la nature à l'aune de la peinture, au lieu de faire l'inverse. Pour lui, le paysagiste doit avoir une connaissance à la fois intellectuelle et intime de son sujet : « On ne voit vraiment quelque chose que si on le comprend. » Depuis son enfance, Constable avait justement acquis cette familiarité ; passionné par les nuages, il lut plus tard des ouvrages scientifiques sur leur formation. Pourtant, l'authenticité qu'il recherchait n'était pas d'ordre optique. Ce qui lui importait le plus, c'était d'exprimer une vision personnelle de la campagne qui reflète ses propres émotions : « Ce que je préfère peindre, ce sont les endroits que je connais ; peindre, c'est pour moi la même chose que sentir, et j'associe mon “enfance insouciante” avec tout ce qu'on voit sur les bords de la Stour ; ces lieux ont fait de moi un peintre, et je leur en suis reconnaissant. » Ce besoin profond d'expression personnelle a récemment stimulé les recherches de critiques d'art. John Barrell, avec une approche de type sociologique, a ainsi pu mettre en valeur la contradiction entre l'image paisible de la vie rurale donnée par les toiles de Constable et la dure réalité de la condition des paysans après 1820, qui a suscité des émeutes, dans le Suffolk comme ailleurs dans le sud du pays. Il fait justement remarquer que les silhouettes des personnages se livrant aux travaux des champs restent floues et impersonnelles, comme si le conservatisme social du peintre exigeait une mise à distance du vécu des travailleurs en tant que pers […]
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