Après de longues études menées, de 1949 à 1959, à Berkeley, San Diego et Los Angeles, John Baldessari (né en 1931 à National City, Californie) façonne une œuvre qui fait de lui l'un des principaux représentants, toutes générations confondues, de l'art conceptuel de la côte ouest américaine. Son travail, sous-tendu par le dialogue entre des formes distinctes telles que le cinéma, la photographie et la peinture, interroge les notions d'œuvre (à travers le choix de ses supports) et d'auteur (par ses interventions).
1. Dans le sillage de l'art conceptuel
Témoignant d'un rapport conflictuel à la peinture, dont il décortiquera aussi bien le contenant que le contenu, Baldessari n'a cessé, dès le début des années 1960, de développer des propositions ambivalentes, relevant d'une forme tantôt de proximité et d'attirance, tantôt de distance et de rejet de la chose picturale, qui aboutiront en 1970 au Cremation Project, performance durant laquelle presque toute sa production peinte de mai 1953 à mars 1966 fut brûlée à des fins régénératrices, les cendres de ses toiles étant désormais conservées dans une urne à valeur de reliquaire. Les rares travaux épargnés par le Cremation Project ne nous permettent pas d'appréhender dans sa globalité les ramifications d'une œuvre de jeunesse qui démontre cependant déjà l'attrait de l'artiste californien pour l'imagerie de masse, à commencer par les affiches publicitaires, et plus généralement les procédés de reproduction mécanisés.
En 1966, Baldessari « supervise » ses premiers travaux fondés sur le langage, qui se présentent sous forme de citations extraites d'ouvrages d'histoire ou de critique d'art et appliquées, à sa demande, par des peintres d'enseigne sur des toiles pastel, blanches ou grises « monochromes », censées correspondre à une typographie qui se veut la plus neutre possible. Interrogeant le statut de l'auteur et celui du tableau, à une époque où le modèle téléologique établi par Clement Greenberg (certaines citations sont empruntées aux écrits du […]
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