Les plus célèbres et les plus prolifiques des illustrateurs romantiques furent les frères Johannot d'origine française. Le plus connu des trois frères est Tony, le plus jeune, qui naquit en Allemagne à Offenbach-sur-le-Main ; le père, François Johannot, avait été un pionnier de la lithographie. Alfred fut le collaborateur de Tony après avoir essayé, avec un succès certain mais fort éphémère, de faire une carrière de peintre dans le « grand genre » (Don Juan naufragé). Les deux frères avaient été élevés par leur aîné, moins célèbre, Charles Isaac, né à Francfort en 1790 ; illustrateur de style néo-classique, il appartient à une époque où les livres illustrés étaient encore rares et luxueux. À l'époque où les écrivains prônaient la valeur de l'image et du pittoresque, où les éditeurs tentaient de publier les premiers livres populaires abondamment illustrés, Tony Johannot, aidé de son frère Alfred, fournit des milliers de vignettes gravées sur bois ou à l'eau-forte dans un style qui parut assez vite désuet mais qui a retrouvé, aujourd'hui, une certaine faveur car il apparaît comme le meilleur exemple d'un romantisme de grande diffusion. Les Johannot illustrèrent environ trois cent vingt-cinq ouvrages, parmi lesquels on retrouve les titres les plus en vogue à l'époque romantique : Histoire du roi de Bohême de Nodier (1830), Gil Blas, une des premières « superproductions » de l'édition illustrée, avec six cents gravures d'après les dessins de J. Gigoux (1835), Don Quichotte (1837), Paul et Virginie (1838), Voyage où il vous plaira (1843), Werther (1845)
. Leur œuvre compte trois séries d'illustrations différentes pour Walter Scott : en 1826, en 1835 et en 1839. Ils collaborèrent au principal journal romantique, L'Artiste, alors dans toute sa verve.
Photographie
Les Souffrances du jeune Werther, Goethe Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), le premier, sut mettre en scène, notamment dans Les Souffrances du jeune Werther (1774), le terme métaphorique de sublimation pour « caractériser » et « travailler » certains états d'âme. Illustration de Tony Johannot.
Crédits: Erich Lessing/ AKG Consulter
Tony Johannot, par la dextérité de sa gravure à l'eau-forte, son sens du mouvement et de l'instantané théâtral, mais aussi par son goût pour la couleur locale et l'exactitude des costumes historiques ou étrangers, est l'un des plus parfaits représentants de ce que l'on appelle le style troubadour.
Michel MELOT
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