« Ce jeune fils de bourgeois criant sa révolte dans un expressionnisme débridé », comme le décrit A. Abusch, ce militant acharné de la paix, engagé dans l'action communiste, après la Première Guerre mondiale, devient, après 1945, l'un des fondateurs de la politique culturelle de la République démocratique allemande.
Né à Munich de père juriste, il fait des études de lettres et de médecine à Berlin, Munich et Iéna à partir de 1911, date de sa première publication — un hommage à H. Kleist — qui sera suivie d'une abondante production poétique de facture expressionniste. À partir de 1913, il collabore l'édition des revues Revolution et Die neue Kunst, et, pendant la guerre, Die weissen Blätter et Die Aktion. Dans Décadence et triomphe (Verfall und Triumph, poèmes, 1914), Becher dénonce la misère des grandes villes et clame son angoisse et sa révolte devant un monde chaotique et absurde. La guerre accélère le processus de rupture avec son milieu d'origine et il prend résolument parti pour la paix dans À l'Europe, Fraternisation (An Europa, Verbrüderung, poèmes, 1916) et Péan contre notre époque (Päan gegen die Zeit, poèmes, 1918).
Enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il rejoint les Spartakistes et adhère, en 1919, au Parti communiste allemand tout en gardant une tendance à la religiosité et au mysticisme. Ouvriers, paysans et soldats (Arbeiter, Bauern und Soldaten, drame, 1921 et 1924) met en scène un homme qui est fils et frère de Dieu et rêve d'un pays saint où règne la vraie fraternité humaine. Dans sa production d'après-guerre : Le Cadavre sur le trône (Der Leichnam auf dem Thron, poèmes, 1925) et Le banquier traverse à cheval le champ de bataille (Der Banquier reitet über das Schlachtfeld, récit, 1926), la dénonciation de la guerre reste permanente. Levisite ou la Seule Guerre juste (Levisite oder Der einzig gerechte Krieg, roman, 1926) qui valut à son auteur un procès pour haute trahison, condamne les trusts allemands responsables ainsi que l'utilisation des gaz asphyxiants — la seule […]
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