2. La musique profane n'est pas la musique sacrée
Quand une oreille contemporaine peu avertie entend de la musique polyphonique de la Renaissance, il lui semble difficile de distinguer entre musique profane et musique religieuse. Et pourtant ! Ockeghem, l'un des premiers, compose dans un esprit différent l'une et l'autre musiques. De ses pages religieuses nous connaissons treize messes de trois à cinq voix, un requiem de deux à quatre voix – le premier de l'histoire de la musique qui nous ait été conservé après la perte de celui de Dufay –, un credo et une dizaine de motets. En outre, une vingtaine de chansons regroupent l'essentiel de l'œuvre profane. On le voit, Ockeghem ne fut pas prolifique. Peut-être s'est-il senti quelque peu à l'étroit dans le cadre de la chanson profane ; il la traite de manière plutôt conservatrice, à trois voix, évitant habituellement les imitations, et maintenant, comme la plupart de ses prédécesseurs ou contemporains, la partie de contraténor dans une fonction subalterne (sauf dans le canon figuraliste Prenez sur moi vostre exemple amoureux). La majorité des textes reprend les formules poétiques consacrées de l'amour courtois : un amant vante la beauté de la dame de ses pensées (Autre Venus estes), proteste de sa loyauté (D'un autre amer), clame sa douleur (Je n'ay dueil), ne peut supporter son absence (Quand de vous seul), regrette son indifférence (Fors seulement l'actente), au risque d'en mourir (Presque trainsi) ; il se plaint du refus (Ma bouche rit) ; pourtant, il est parfois comblé (Tant fuz gentement resjouy) ou encore propose ses conseils (Prenez sur moi vostre exemple amoureux). Rondeau, bergerette et ballade sont les formes les plus courantes de la chanson au xve siècle. La plus populaire – le rondeau – est dix-huit fois utilisée par Ockeghem. Le refrain comporte généralement quatre lignes (rondeau quatrain) ; il est l'objet de l'attention particulière du compositeur. La bergerette, version plus courte du virelai du xive siècle, a vu son succès reprendre surtout dans la seconde moitié du xve siècle ; Ockeghem en a écrit quatre ; dans la première strophe du couplet […]
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