3. L'« Astronomia nova » et la victoire sur Mars
Dix années séparent la tentative précédente du grand ouvrage qui ouvre bien, conformément à son titre, l'ère d'une astronomie nouvelle. Encore faudra-t-il trois ans de plus pour qu'il soit imprimé, en 1609. C'est que son épître dédicatoire à l'empereur Rodolphe II y est la seule page agréable à lire, pétillante et spirituelle, et que, malgré ce trésor de finesse, les subsides nécessaires pour vaincre les inquiétudes de l'éditeur se firent attendre. Dossier d'une recherche difficile, qui livre à l'état brut les étapes et les changements de direction de l'auteur, l'ouvrage est un document exceptionnel, éminemment instructif, mais le contraire d'un succès de librairie.
Ce qu'il proclame, cependant, a de quoi piquer la curiosité. L'astre errant qui a le plus éprouvé la sagacité des astronomes, Mars, l'« inobservable », vient de capituler dans la guerre que Kepler a engagée contre lui. Par l'intermédiaire de sa mère la Nature, il a envoyé l'aveu de sa défaite, et l'Arithmétique et la Géométrie l'escortent sans résistance dans le camp de son vainqueur.
Ce langage est pompeux, mais traduit exactement l'événement considérable dont l'Astronomia nova constitue le récit détaillé.
L'opposition de Brahe a eu en effet une heureuse influence, celle de déterminer Kepler à s'attacher davantage à un examen précis et à combiner du mieux possible les arguments a priori et les arguments a posteriori. Et dix années n'ont pas été de trop pour aboutir à la solution complète d'un cas parmi les six que présentent les planètes : la trajectoire de Mars est une ellipse ayant pour foyer le Soleil, et les aires balayées dans des temps égaux par le rayon Soleil-Mars sont égales.
En quelques lignes, il est impossible de rendre compte des cheminements dont le résultat est ainsi un couple de lois reconnues comme « naturelles » et qui ont exigé de l'inventeur toutes les ressources de son habileté mathématique avec des outils imparfaits. Il faut dire pourtant que la lo […]
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