Fils d'un pasteur piétiste du Sønderjylland (Danemark), tracassé par un tempérament irrémédiablement fantaisiste, bohème, maladif — il mourra de tuberculose dans sa trente-septième année —, Ewald se définissait lui-même comme une sorte de Don Quichotte « qui a toujours été amant de la liberté jusqu'à l'enthousiasme », en outre doué « d'une véhémente puissance d'imagination ». Des amours malheureuses, une carrière chaotique donneraient volontiers à penser qu'il s'est jeté sur l'écriture pour pallier les travers d'une existence qui, de toute façon, ne pouvait satisfaire les « failles » qu'il apercevait dans son « développement ».
Ewald débute par un récit allégorique à la mode du temps, Le Temple du bonheur (1763), suivi d'une tragédie à la française, en alexandrins, Adam et Ève (1768), où il médite sur le péché originel. Puis il découvre Saxo Grammaticus et son exaltation des grandeurs nationales, et rédige, en prose, la tragédie Rolf Krage (1770) qui préfigure la poésie héroïque du romantisme scandinave. Il vit de poèmes de circonstance, genre où il est resté maître, sur quoi un séjour à Rungstedlund — qui sera un jour la résidence de Karen Blixen qui lui a dûment rendu hommage dans ses Essais —, lui inspire un chef-d'œuvre en vers, toujours inspiré de Saxo, également sur un sujet scandinave ancien : La Mort de Balder (1773), évoquée dans une perspective très racinienne de la fatalité de la passion. Dans la pièce sont intercalés des morceaux lyriques chantés, comme le célèbre trio des Valkyries, formule qui connaîtra une longue fortune au Danemark. C'est à Rungstedlund également qu'Ewald compose une ode religieuse à la manière de Klopstock, Les Félicités de Rungstedlund, qui reste un des chefs-d'œuvre mystiques et lyriques de la poésie danoise. Puis, sous l'influence de Sterne, il rédige une manière d'autobiographie, Vie et opinions (1774-1778), où il entend approfondir, à travers son propre exemple, « la connaissance du cœur humain » : superbe méditation dans le genre libre qui vaut avant t […]
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