La jeunesse de Bobrowski a une importance déterminante pour son œuvre ultérieure dont elle fournit les thèmes majeurs et les images clés. Il est né à Tilsit. Ses ascendants paternels et maternels sont tous implantés dans la région qui se situe entre Vistule et Niemen, ils sont protestants et certains baptistes. Son père travaille aux chemins de fer et sa mère est fille d'un fondeur de cloches. L'enfance de Bobrowski s'écoule en Prusse-Orientale, il fréquente le prestigieux lycée de Königsberg dont les traditions remontent à Hamann et Kant et dont le directeur refuse jusqu'au bout d'adhérer au parti nazi. Il passe ses vacances sur les rives du Niemen où il rencontre des tziganes et des marchands ambulants juifs venant de l'intérieur de la Lituanie. Ce sont les lieux et les figures que l'on retrouvera le plus souvent dans ses livres. Il s'engage dans les mouvements protestants dès 1930 et plus tard prend une part active aux travaux de l'Église confessante de Prusse-Orientale (Bekennende Kirche) dont les publications sont interdites par les nazis. Il rencontre simultanément des jeunes travailleurs marxistes et assiste à des grèves et à des manifestations. Ses auteurs de prédilection sont à cette époque, comme dans sa maturité, Hamann, Herder et Klopstock. Il étudie aussi l'orgue et l'harmonie et projette de créer un cercle pour faire revivre la musique baroque de Königsberg. En 1937 il est happé pour douze ans par l'armée : service militaire, guerre en Pologne, en France et surtout sur le front russe dans les transmissions, puis captivité en U.R.S.S. Là, il suit deux cycles de cours antifascistes.
Le soldat Bobrowski cantonné au lac Ilmen prend pour la première fois du recul vis-à-vis de son pays natal et écrit un poème à la mémoire des premiers habitants de la Prusse exterminés par les chevaliers Teutoniques (Pruzzische Elegie). La persécution des juifs dont il raconte un épisode dans Le Danseur Malige (Der Tänzer Malige) lui ouvre les yeux sur les problèmes ethniques et politiques des confins germano-sl […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



