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SCHOBERT JOHANN (1740 env.-1767)

Compositeur aux origines incertaines (il naît sans doute en Silésie à une date inconnue), Schobert arrive à Paris vers 1760 après avoir enseigné quelque temps la musique à Strasbourg et avoir occupé un poste d'organiste à Versailles. En 1761, il entre au service du prince de Conti comme maître de musique et claveciniste de chambre. Les portes des salons s'ouvrent devant lui. Mais sa destinée sera météorique : encore jeune, il meurt avec presque toute sa famille pour avoir mangé des champignons vénéneux ramassés en forêt de Saint-Germain, ne laissant, outre un opéra-comique intitulé Le Garde-chasse et le Braconnier (1765), que de la musique instrumentale avec clavier réunie en vingt numéros d'opus. Mozart enfant a fait sa connaissance lors de ses deux premiers séjours à Paris (1763-1764 et 1766) : Georges de Saint-Foix, biographe du maître de Salzbourg, n'hésitera pas à appeler Schobert « le premier poète que Mozart ait rencontré sur son chemin ». De fait, Schobert est à tous points de vue un pionnier et un audacieux solitaire, une des personnalités les plus singulières de l'époque de la « sensibilité » (Empfindsamkeit). Il ne prescrit pas, pour ses œuvres, le piano-forte moderne (qui ne fut présenté en public à Paris qu'en 1768), mais (sans qu'il faille le prendre à la lettre) le clavecin. Ses contemporains n'en estimèrent pas moins qu'il avait « transplanté la symphonie au clavier », ce qui montre bien à quel point son écriture fut tournée vers l'avenir, et s'écarta du travail de filigrane propre aux clavecinistes. Partout, il accorda au clavier un rôle prédominant et central : les six ouvrages qui forment son opus 14 sont par exemple aussi bien les plus anciens (selon toute probabilité) quatuors avec clavier, au sens classique du terme, que (les deux parties de violon et celle de violoncelle étant ad libitum) d'authentiques sonates pour soliste. Surtout, il excella à évoquer des atmosphères poétiques rares, tantôt âpres et sombres, tantôt viriles et décidées, mais le plus souvent d'un romantisme doucement rêveur et nostalgique. Cornélie, la sœur de Goethe, ne s'y trompa pas qui, annonçant au poète la mort de Schobert, parla des « sentiments douloureux » qui perçaient son âme quand elle jouait ses sonates. Mozart non plus, dont l'andante du Concerto pour clavier K. 39 n'est autre qu'une adaptation d'un mouvement de Schobert ; en 1778 encore, lors de son ultime séjour à Paris, il faisait étudier à ses élèves, de préférence à toute autre, la musique de celui qui, une quinzaine d'années auparavant, l'avait tant impressionné.

Marc Henri VIGNAL

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Écrit par :  Jean-Victor HOCQUARD

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