Dans l'histoire de la peinture autrichienne, Johann Michael Rottmayr vient à une époque et à une place qui en font une figure aussi importante que Fischer von Erlach. Les deux hommes sont à peu près contemporains. Ils sont originaires l'un et l'autre des environs de Salzbourg et appartiennent à cette première génération d'artistes, nés sur le sol germanique, qui affirment les caractères propres d'un art national, alors que pendant tout le xviie siècle les États des Habsbourg ont été en quelque sorte une colonie pour les peintres, les architectes et les sculpteurs italiens.
La formation de Rottmayr se fit en Italie, et plus particulièrement au cours d'un long séjour à Venise dans l'atelier de Carl Loth. Il y prit le sens de la grande manière décorative et, au cours d'une longue collaboration avec Fischer von Erlach, sa maîtrise ne cessa pas de s'affirmer. En 1696, il peint la coupole du grand salon au château de Vranov, en Moravie, élevé par Fischer quelques années plus tôt ; la percée illusionniste, où les figures tourbillonnent et semblent s'échapper du cadre pour descendre dans l'espace réel, atteste une remarquable compréhension de l'exemple donné par Baciccia à l'église du Gesù.
L'indépendance de Rottmayr à l'égard de ses modèles italiens ne cesse de s'accentuer tout au long de sa carrière. Le phénomène est particulièrement sensible dans le coloris, où Rottmayr élabore des harmonies étranges et nouvelles en mariant les bruns dorés et les violets. À Breslau en 1704-1706, à Melk en 1719, et surtout à la Karlskirche de Vienne en 1725, les plafonds peints par Rottmayr montrent une étonnante variété d'invention et une science consommée.
Georges BRUNEL
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