4. Influence de l’œuvre
Après sa mort, la critique allait s'amplifier. Edvard Westermark (1891) puis Heinrich Schurtz (1902) ont rejeté sa thèse de la promiscuité originelle ; Robert Ranulph Marett (1936) et surtout Robert Löwie (1937) ont dénoncé son « évolutionnisme ». Nul doute, à cet égard, que la référence de Engels ainsi que les rapports ambigus qu'entretiennent évolutionnisme et marxisme ont beaucoup nui au Mutterrecht, bien que son auteur ait déclaré (G.W., X, no 309) : « Qu'on ne s'y trompe pas : c'est au retour au début que rêve l'humanité actuelle devenu lasse de sa civilisation d'allumettes suédoises ; ceux qui prêchent la suppression de la propriété et de la famille monogame ne se doutent certainement pas que leur idéal a été l'état réel du genre humain pendant des périodes difficiles à mesurer. » L'influence de Bachofen n'en a pas moins été sensible : son idée du Kulturkreis (aire culturelle) soutenu par une Grundanschauung a inspiré certaines des recherches de Ludwig Frobenius, de Adolf Jensen, des pères Wilhelm Schmidt et Wilhelm Koppers. L'ethnologie contemporaine peut, à juste titre, lui reprocher sa périodisation de l'histoire (promiscuité primitive/droit maternel/filiation patrilinéaire), d'avoir faussement rapporté l'évolution des structures de la parenté à une ligne unique, d'avoir confondu, enfin, matriarcat et filiation maternelle. Il reste que la découverte du rôle joué dans de nombreuses sociétés par la descendance matrilinéaire constitue un apport essentiel auquel ne devraient pas seulement s'intéresser les groupements féministes les plus éclairés.
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