3. Reformulations
Mais, en 1869, tandis que Nietzsche se rendait à Bâle pour y occuper la chaire de philologie classique, Bachofen découvrait Primitive Marriage... (1865) de John Ferfuson McLennan et, en 1870, l'année même de sa parution, The Origin of Civilization... de John Lubbock ; puis il s'intéressait aux Researches into the Early History of Mankind... (1865) d'Edward Tylor (G.W., X, lettres nos 264, 277, 278). Il entendait donner à son système une vaste assise documentaire, et au Mutterrecht de nouveaux développements. Ces intentions apparaissent nettement dans sa correspondance. À son ami Heinrich Meyer-Ochsner, il écrit le 10 novembre 1870 (G.W., X, no 276) qu'il se propose de réunir des éléments d'information concernant « tous les peuples de la terre » en vue d'une seconde édition de l'ouvrage de 1861. Encouragé par Adolphe Bastian, il publie dix ans plus tard le premier volume de ses Antiquarische Briefe (G.W., VIII), où il se met en quête de ce qui a précédé le matriarcat. Entre-temps, Lewis Henry Morgan, qui, après Systems of Consanguinity... (1871), s'apprêtait à publier Ancient Society (1877), avait pris contact avec Bachofen, dont les travaux lui avaient été révélés par l'édition anglaise de la Griechische Geschichte (1868) de Ernst Curtius. Des douze lettres qui nous sont parvenues, celles qui abordent les questions de méthode et, plus précisément, l'européo-centrisme sont les plus importantes. Dans leur dernier échange (G.W., X, nos 308 et 308 bis), l'auteur de la League of the Iroquois relevait le caractère exceptionnel de l'attitude de Bachofen pour l'opposer à celle des savants européens, qui ne savent pas relativiser le modèle gréco-romain, ainsi qu'à celle de Tylor échouant à voir ce qu'il y a de commun dans les systèmes sociaux d'une humanité qui ne dispose que d'un nombre limité d'idées élémentaires.
Une telle conception devait amener Bachofen à critiquer Mommsen. « Nous étudions l'histoire, écrit-il (G.W., X, no 271) à propos de son interprétation du mythe de Coriolan, pour arriver à connaître ce que les périodes de l'esprit humain ont jadis été et non pour les façonner d'après les idées d'aujourd'hui. » À l'obstacle que, d'après lui, constituait la langue allemande à la diffusion de sa pensée, s'ajoutait l'hostilité de la science officielle.
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