Sommairement mentionné – quand il n'en est pas totalement absent – par les ouvrages d'anthropologie pour avoir traité du matriarcat primitif, Bachofen est généralement considéré comme l'auteur d'un seul livre, Das Mutterrecht (Le Droit de la mère), publié à Stuttgart en 1861. Dernier tome de la tardive édition de ses œuvres complètes (Gesammelte Werke), sa correspondance permet aujourd'hui, avec son autobiographie écrite en 1854, de suivre l'évolution de sa pensée.
1. À l’école de l’Antiquité
Son autobiographie (G.W., I) évoque, en effet, les années d'études juridiques du jeune Bâlois à Berlin, à Göttingen, à Paris, à Cambridge, ses premiers travaux sur l'histoire du droit romain (1843), la fascination qu'ont exercée sur ce lecteur attentif de Winckelmann les œuvres d'art de l'Antiquité — au cours de fréquents séjours en Italie et en Grèce qui ont joué un rôle décisif dans la modification de ses centres d'intérêt —, son idée d'une recherche sur le symbolisme funéraire des Anciens, qui devait aboutir cinq ans plus tard à la publication de son Versuch über die Gräbersymbolik der Alten (G.W., IV), l'importance qu'il attache à la puissance des mythes et des symboles. La sensibilité, singulière par sa modernité, qu'il manifeste dans cet ouvrage par rapport aux matériaux rassemblés — qu'ils appartiennent au droit, à la mythologie, à l'histoire ou à la poésie — explique l'attention que Stefan Georg, Rainer Maria Rilke, Hugo von Hofmannsthal ont portée à Bachofen, ainsi que les critiques qui lui ont été adressées, car elle caractérise, et d'une certaine façon inaugure, un mode de compréhension de la pensée mythique qui marque les limites de la raison (Verstand) au bénéfice de l'imagination (Phantasie) et d'une interprétation entièrement renouvelée de la mentalité primitive.
2. La thèse du matriarcat originel
Une lettre (G.W., X, no 96), adressée le 23 octobre 1857 par Bachofen à A. Gervasio, montre que c'est à l'étude de la famille comme institution sociale que l'ont finalement conduit ses recherches sur l'Antiquité classique : « Quoi de plus su […]
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