5. La seconde philosophie
• L'accusation d'athéisme
Si Fichte fut accusé d'athéisme, c'est pour avoir nié l'existence d'un Dieu extérieur à la conscience, comparable à une véritable chose en soi. Le Dieu de Kant conservait aux yeux de Fichte des traces de « chosisme » : n'était-ce point un être extérieur à la conscience et postulé par elle ? Pour l'auteur de la Doctrine de la science, Dieu est non plus une chose, pas même un postulat du devoir ou une hypothèse qui s'y rattache, mais la réalisation de la prescription du devoir, de la moralité dans l'univers. Fichte retourne donc contre ses adversaires l'accusation d'athéisme, leur reprochant de célébrer, à la place de l'idéal, une idole et de fonder la conscience dans une chose. « Leur Dieu, c'est le dispensateur de tout le bonheur et de tout le malheur chez les créatures ; voilà son caractère essentiel. [...] Un Dieu qui doit être le serviteur des désirs est un être méprisable. [...] Ses adorateurs sont, eux, les véritables athées ; ils n'ont absolument pas de Dieu, ils se sont forgé une idole impie. »
En dépit de cette défense brillante et profonde, Fichte sera vaincu. Il dira qu'on a visé non point le philosophe, mais le défenseur de la Révolution française. Le drame de Socrate se répète : « Une fois de plus, Euthyphron aura vaincu Socrate » (L. Brunschvicg). Une lettre de Fichte à Reinhold (1799) permet de voir combien profonde est sa détresse : c'est un homme brisé qui tente de continuer à penser et à philosopher.
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