Les écrits de Hamann, le « mage du Nord », restent difficilement accessibles à ceux que rebutent les aphorismes, les apophtegmes déclamatoires, le langage « hiéroglyphique ». C'est au cours d'un voyage en Angleterre que Hamann passa par une expérience de type piétiste, qu'il relata peu après dans Gedanken über meinen Lebenslauf (1758-1759). Il resta presque toujours à Königsberg, sa ville natale, mais rejoignit, à la fin de sa vie, le groupe mystique de la princesse Galitzine à Münster.
On connaît surtout Hamann pour ses Sokratische Denkwürdigkeiten (1759), qui proclament un idéal de pensée et d'action pour lequel l'homme doit, selon l'auteur, s'engager dans son unité et sa totalité créatrices. Il s'en prend donc à l'esprit schizomorphe, à la Scheidekunst de l'Aufklärung et voit, dans la poésie, la langue mère du genre humain (Kreuzzüge des Philologen, 1762), le Verbe apparaissant comme le symbole de l'omniprésent noyau créateur, divin, spirituel. Mais plus anciens que le discours même sont la poésie et le chant, c'est-à-dire, au fond, les images. Avant de réfléchir sur l'univers, les hommes l'ont chanté. L'acte n'existe pas indépendamment de l'image. Ce que la création est à Dieu, la parole, organe de l'imagination créatrice, l'est à l'homme, si bien que, pour comprendre la Bible, il ne faut pas dissocier l'image et l'acte. La raison doit donc se contenter de rester la servante de la foi. Herder doit beaucoup à Hamann, le Sturm und Drang aussi, d'autant plus que, selon le mage du Nord, qui luttait contre l'influence littéraire de la France, chaque peuple doit trouver en lui-même sa propre originalité.
Hamann est vraiment, dans la littérature allemande, le précurseur du « temps des génies » et l'un des trois maîtres de l'« irrationalisme religieux » après 1750 (avec Jung-Stilling et Lavater). C'est ce qui le rapproche parfois des théosophes ; ainsi, il écrit dans son Fragment VIII : « Nous sommes tous capables d'être des prophètes. Tous les phénomènes de la nature sont des rêves, des […]
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