Pasteur à Zurich, Lavater ne quitte guère sa ville ni son ministère, sinon pour entreprendre quelques voyages auxquels le pousse un goût inextinguible de révélations ineffables. Il est une bien curieuse et bien attachante figure. Jeune homme, il s'intéresse aux problèmes politiques de son pays presque autant qu'aux questions religieuses ; il polémique, entretient des correspondances étendues, noue des relations dans tous les milieux avec des gens de toutes conditions. Dès 1763, il figure parmi les animateurs de plusieurs « sociétés » suisses (Société helvétique, Société morale, etc.) avec des hommes tels que Kirchberger et Isaac Iselin ; il s'intéresse à la pédagogie, notamment aux ouvrages de Basedow ; il tente de convertir au christianisme le philosophe juif Moses Mendelssohn. Dès l'enfance, une piété joyeuse, très vive, l'envahit tout entier. En même temps, son illuminisme le détourne très tôt de toute rigidité dogmatique : il vante la puissance magique du prêtre, compose des poèmes sur la Vierge, ne manque guère l'occasion de s'affirmer l'ami de l'Église romaine ou d'en souligner les mérites. Ses ennemis en profitent pour l'accuser de cryptocatholicisme ; mais ne partage-t-i […]
