Le plus grand historien néerlandais du xxe siècle était le fils d'un célèbre professeur de physiologie à l'université de Groningue. Johan Huizinga naquit dans cette ville où il commença par étudier, de 1891 à 1895, les lettres néerlandaises et la civilisation orientale. Il se spécialise en linguistique à l'université de Leipzig (1895-1896) et, de retour à Groningue, rédige un travail universitaire sous la direction du sanskriste Speiger, Le Vidûsaka dans le théâtre indien. Il enseigne l'histoire à Haarlem de 1897 à 1903, date où il est nommé privatdozent à Amsterdam, chargé d'enseigner la civilisation antique et la littérature du Moyen-Orient. Mais, comme il le racontera dans son autobiographie, un événement d'ordre esthétique et culturel va le faire dévier de sa voie de philologue et d'orientaliste. L'exposition des primitifs flamands à Bruges en 1902 a suscité en lui un attrait irrésistible vers la civilisation bourguignonne : se forme alors peu à peu dans son esprit une conception de l'histoire radicalement opposée à celle qu'enseignaient alors les grands maîtres européens, attachés à la positivité des faits : une histoire des mentalités, des sentiments, de la culture, où l'esthétique et l'imagination avaient largement leur place. Sa leçon inaugurale à l'université de Groningue où il vient d'être nommé en 1905 contient en germe tout le programme de son œuvre future : il y étudie en effet « l'élément esthétique des représentations historiques ». Chargé de l'histoire du Moyen Âge et de l'histoire moderne, il rassemble les matériaux de ses œuvres maîtresses. L'université de Leyde l'appelle en 1915 à la chaire d'histoire générale. Il y enseignera jusqu'en 1941, en deviendra recteur, faisant preuve, dans les circonstances difficiles de l'occupation allemande, d'un courage tranquille, qui lui attirera des représailles de la part de l'ennemi : c'est en exil, affaibli et presque aveugle, qu'il terminera sa vie près d'Arnhem en 1945, quelques semaines avant la victoire des Alliés.
Si les honneurs n' […]
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