Le théâtre de Joël Pommerat est celui des mots qui se cherchent, des phrases qui s'élancent et se brisent et s'enroulent jusqu'à faire surgir, du plus profond des silences, les non-dits, les secrets inavoués. Faussement réaliste, réellement poétique, son verbe n'en obéit pas moins à des règles savantes. Inscrit dans le concret des existences en proie à la difficulté d'être, il traite tout à la fois des hommes et du monde, quand le présent et l'Histoire, le privé et le social ne font plus qu'un.
Un théâtre politique, donc, même si Joël Pommerat récuse l'expression, décliné depuis vingt ans en près d'une vingtaine de pièces qu'il a lui-même mises en scène, passant de la marginalité à la reconnaissance (il est lauréat du Grand Prix de littérature dramatique pour Les Marchands, en 2007).
Né en 1963 à Roanne, Joël Pommerat passe ses premières années à Rochefort, avant de s'installer à Chambéry avec ses parents. Au lycée, il découvre le théâtre grâce à son professeur de français. Son premier choc naît en 1977 d'un séjour au festival d'Avignon, durant les plus riches heures d'un théâtre héritier de Mai-68 et nourri d'utopies. Personnalité phare de la cité des papes depuis la « crise » qui secoua le festival en juillet 1968, Gérard Gélas crée Fantastic Miss Madona au Chêne Noir. Pour Joël Pommerat, c'est la révélation d'un théâtre de troupe à la fois épique et ouvert à l'imaginaire, en quête d'un nouveau public et de formes inédites, capables de briser les frontières entre les genres.
Sans doute n'imagine-t-il pas, alors, qu'il se lancera à son tour dans l'aventure. Abandonnant ses études en terminale, il s'inscrit à l'école hôtelière, puis travaille chez un pisciculteur. Ce n'est qu'en 1980, à dix-sept ans, qu'il revient à ses rêves et décide de devenir acteur, en « montant » à Paris. Un acte « socialement transgressif » rappelle-t-il, en une époque où ce métier, aujourd'hui à la mode, effraie encore les familles. Après un bref passage au conservatoire du XIIIe arrondissement, il re […]
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