Né à Narbonne, au pays des cathares, Joë Bousquet est une sorte de cathare lui-même, c'est-à-dire un « pur ». Poète de la nuit, du vent et du silence, de tout ce qui est désespoir, il compose une œuvre abondante, constituée essentiellement de poèmes en prose. À sa souffrance, physique et morale, il oppose une infatigable curiosité intellectuelle, une pensée aiguë, toujours sur le qui-vive.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Bousquet a dix-sept ans. En 1916, il devance l'appel et part au front à la tête d'une section d'un régiment disciplinaire. Le jour de son baptême du feu, il est cité à l'ordre de l'armée et décoré sur le champ de bataille. En quelques mois, il devient l'officier le plus décoré de son régiment. Mais que connaît-il de la vie, cet enfant de vingt ans, lorsque, le 27 mai 1918, une balle lui sectionne la moelle épinière ? Il survivra, paralysé des jambes jusqu'à la fin de ses jours. Sa chambre de Carcassonne, dans laquelle il passe sa vie couché et où il compose toute son œuvre, devient un lieu de rendez-vous, un « salon littéraire » où de nombreux écrivains se retrouvent autour de son lit.
Ses poèmes en prose ont été publiés par Jean Paulhan qui choisit lui-même, à la demande de Bousquet, ce qui dans ses cahiers sera réuni dans Traduit du silence (1941). Poèmes désespérés, réflexion sur les rapports entre le moi et le corps ; réflexion essentielle pour un homme privé de corps, et qui devait inventer à chaque instant une pensée qui considérât de haut ce corps et cette pensée même. Poèmes désespérés donc : « Il y a une nuit dans la nuit », écrit Bousquet à la première page de Traduit du silence. Il ne fait pas assez noir était le titre de son premier recueil, publié en 1931.
Couché dans sa chambre, avec une pipe d'opium à la portée de la main pour lutter contre la douleur que provoquent des crises incessantes, Bousquet est entouré de femmes auxquelles il donne des surnoms poétiques : Isel, Hortie, Blanche-par-amour, Houx-Rainette, Abeille d'hiver, et avec […]
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