Les années de l'entre-deux-guerres ont pu être qualifiées d'années de la haute théorie, tant cette période de stagnation et de crise a été cruciale pour le renouvellement de la pensée économique dans tous les domaines, qu'il s'agisse de la théorie de la valeur, de l'analyse monétaire ou de la compréhension du mécanisme des cycles et de la croissance. À ce renouvellement est associé le nom de Joan Robinson. Avec Richard Kahn, John Maynard Keynes, Piero Sraffa et d'autres aussi, elle anime par ses recherches et son enseignement ce qui deviendra l'école de Cambridge, dont l'influence reste considérable pour la critique de l'économie néoclassique.
Les contributions les plus significatives de Joan Robinson ont trait à une reconsidération de la théorie de la valeur et à la révision du concept d'équilibre à partir de laquelle est élaborée une critique radicale des théories néoclassiques de la production et du capital. Ces contributions sont articulées dans un projet de synthèse, ambitieux mais inachevé, entre les apports de Ricardo et ceux de Keynes.
Joan Robinson propose une reconsidération de la théorie de la valeur dans un ouvrage (The Economics of Imperfect Competition, Macmillan, Londres, 1933) qui pose les premières bases d'une théorie de la concurrence imparfaite, en continuité et en harmonie avec le travail de pionnier réalisé par Piero Sraffa sur les lois de rendements et la concurrence. Avec Joan Robinson, la théorie de la valeur perd cette simplicité liée à l'analogie autrefois réalisée avec la mécanique, et procède désormais d'une taxonomie : autant que l'on puisse définir la notion d'industrie, la demande pour le produit de cette industrie peut prendre une infinie variété de formes, elle peut aussi évoluer de différentes manières ; il en va de même pour les coûts de production, de telle sorte que prix et quantités sont le résultat d'interactions complexes dont seule une taxonomie peut donner une image claire et compréhensible. La dimension temporelle intervient alors, […]
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