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MIRÓ JOAN (1893-1983)

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3.  La peinture assassinée et ressuscitée

Dès 1929, Miró déclare la guerre à sa propre facilité, se refuse aux sonneries de trompettes de la couleur, renonce à l'élégance de l'arabesque. Sa haire et sa discipline, au cours de cette crise d'ascétisme, ce seront les matériaux ingrats ou déconsidérés (le papier de verre, la corde) ou les formes géométriques. En 1935-1936 surgissent les « peintures sauvages », les plus dramatiques de l'œuvre de Miró, où des personnages pathétiques gesticulent dans des paysages désolés. Miró ne peut manquer d'être affecté par les événements contemporains, d'autant que c'est en Espagne, en premier lieu, que sonne le glas. Mais c'est en poète et non en propagandiste qu'il réagit, et les poètes ont essentiellement pour mission de louer et de préserver les forces vives. Aussi, au plus noir de la nuit nazie sur l'Europe, Miró célébrera-t-il avec plus de conviction que jamais la femme, l'oiseau, la nuit étoilée, l'aube et toutes les promesses de renouveau : c'est la série des Constellations (Varengeville, 21 janvier 1940 – Palma de Majorque, 12 septembre 1941), vingt-deux gouaches de petit format mais l'un des grands moments de l'art du xxe siècle. La peinture y retrouve en effet pleinement sa raison d'être. Miró ne recommence à peindre qu'en 1944, et ce sont peut-être les œuvres les plus légères, les plus allègres de sa vie qui naissent alors. Elles laissent la place, vers 1953, à des peintures vastes et brutales tout en points d'exclamation et en coups de tam-tam qui conduiront elles-mêmes, en 1961, à ces vastes surfaces vigoureusement ponctuées, les trois Bleu (Musée national d'art moderne, Paris). En 1968, ce seront les trois Peintures pour la cellule d'un prisonnier, où une étroite lézarde occupe seule tout un mur blanc. Ainsi Miró continue-t-il périodiquement à « assassiner la peinture » (selon ses propres termes), mais chaque fois pour la rappeler à ses exigences profondes et la dépouiller de sa gratuité. C'est comme s'il assumait à l'intérieur de son œuvre propre cette lutte contre l'usure des signes que manifeste publiquement la succession des mouvements d'avant-garde. Non point seulement pour se sauver de l'emprise de l'histoire de l'art, du marché et de l'accoutumance visuelle, mais somme toute pour sauver la peinture ou, plus exactement, pour en sauvegarder les vertus poétiques. Jusqu'à sa mort, en 1983, Joan Miró n'a point failli à cet exigeant programme.

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