Poète, journaliste, traducteur, conférencier, Joan Maragall est un représentant typique de cette intelligentsia barcelonaise de la fin du xixe et du début du xxe siècle, issue de la bourgeoisie, et dont le dénominateur commun est un catalanisme ardent et un désir d'ouverture, non moins ardent, à tous les courants de pensée, à toutes les manifestations culturelles européennes. Les relations conflictuelles entre le pouvoir de Madrid et les aspirations régionalistes le conduisent à conclure que seul le fédéralisme peut être une solution satisfaisante pour l'Espagne. D'un christianisme à la Tolstoï – il fustige la charité impersonnelle des riches qui donnent aux œuvres pour s'acheter à bon compte une bonne conscience –, il a aussi une vision vaguement panthéiste – tout participe de tout – mais, en même temps, il considère que chaque individu est irremplaçable et qu'il faut défendre cette singularité. Il a été l'un des premiers à dénoncer dans ses articles les dangers d'un machinisme à outrance, du gigantisme des villes, de l'uniformisation de l'éducation, de l'importance croissante des armées. Il croit que le progrès consiste à aller du collec […]
