3. La doctrine jaina
Si les digambara nient l'authenticité du corpus canonique fixé par les śvetāmbara, ce corpus n'en contient pas moins l'essentiel de la doctrine. Aussi est-il possible de s'y référer pour les deux groupes. Les enseignements respectifs des digambara et des śvetāmbara, issus d'une tradition rigoureusement transmise et fixée avant le schisme, concordent en effet le plus souvent.
Deux exposés systématiques complètent d'ailleurs ce canon : le Pravacanasāra, ou Essence de la doctrine, du digambara Kundakunda, qui contient deux cent soixante-quinze strophes prākrites, et qui est traditionnellement daté du ier siècle après J.-C. ; le Tattvārthādhigamasūtra, ou Sūtra de l'accès au sens des principes, d'Umāsvāti, qui comprend trois cent cinquante sūtra ou « aphorismes ». Écrit en sanskrit, ce sūtra apparaît comme une réponse aux « textes fondamentaux des divers systèmes philosophiques brahmaniques ». Ces deux précis dogmatiques ont pour but d'instruire les fidèles et de les guider vers la Délivrance.
• Logique, physique et cosmologie
Le chemin de la Délivrance est constitué par trois joyaux : la droite « connaissance » (jñāna), la droite « vue » ou « foi » (darśana) et la droite « conduite » (cāritra). C'est dans le canon, divisé en quatre grandes sections constituées chacune par un certain nombre de traités, et dans les commentaires de ce canon que se trouve la base de la dogmatique. La connaissance, attribut essentiel de l'âme, s'acquiert selon deux normes de savoir valide (pramāṇa) : l'une médiate (parokṣa), l'autre immédiate (pratyakṣa). La première repose sur une perception indirecte faisant appel à des instruments sensoriels. Elle peut être représentative (mati), dépendante de l'expérience personnelle ; mais aussi traditionnelle (śruta), acquise ex auditu à l'aide de l'enseignement du Jina et des textes sacrés. Ces deux degrés de connaissance sont complémentaires et, par suite, indissol […]
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