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JIN PING MEI [ KIN P'ING MEI ] (fin XVIe s.), roman

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3.  Un livre prohibé cent fois publié

En dépit de ces procédés propres au conteur professionnel et de cette absence caractérisée de toute influence de la « grande littérature », on a longtemps cru que l'auteur était quelque lettré de renom sans jamais avoir trouvé le moindre indice permettant un choix parmi la demi-douzaine de candidats possibles. En fait, les erreurs de composition s'expliquent mieux par l'hypothèse d'un stade de formation orale (Pan Kaipei, 1954 ; Torii Hisayasu, 1964), ce qui n'exclut pas le rôle individuel d'un conteur professionnel, créateur de génie. Les aspects scabreux du roman n'infirment nullement une telle hypothèse, s'il est vrai qu'il existait, depuis le début du xvie siècle au moins, une tradition de narrations burlesques fort osées (Pan Kaipei ; A. Lévy, 1969).

Une allusion aux haras impériaux impliquerait que le roman n'ait pu être composé qu'après 1568. Il est établi qu'une partie au moins circulait déjà sous forme de manuscrit en 1595 (Hanan, 1962). De copie en copie, il attendra plus de vingt ans avant d'être imprimé, des incohérences trahissant la jonction maladroite de divers fragments.

La plus ancienne édition connue, intitulée Jin Ping Mei cihua, a paru en 1617. C'est certainement la plus proche du manuscrit original où manquaient, semble-t-il, les chapitres 53 à 57, maladroitement et diversement restitués par les éditeurs. On jugera du succès immédiat obtenu par le roman en constatant que les trois ou quatre exemplaires retrouvés présentent des variantes qui attestent maintes rééditions. Une vingtaine d'années plus tard paraissait un texte réaménagé : épisode de Wu Song élagué et placé après la présentation de Ximen Qing et de ses amis, allègements divers et remplacement d'un grand nombre de pièces versifiées. Ainsi se trouvait quelque peu atténué le caractère populaire et subversif du roman au profit de son aspect licencieux. C'est ce texte, dont on connaît une dizaine d'éditions anciennes, qui a servi de base au texte établi en 1695 et commenté par Zhang Zhupo. Cette version, qui a régné sans partage jusqu'en 1933 à travers d'innombrables rééditions, a été traduite presque intégralement en 1939 par Clement Egerton (The Golden Lotus) et de façon excellente grâce à la collaboration de l'écrivain et humoriste Laoshe, pseudonyme de Shu Qingchun (1899-1966).

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